William Guilmain auteur photographe, depuis 2014, s’est confié à nous dans le cadre d’une interview, il nous raconte son histoire photographique et ses projets pour 2016.

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Autoportrait feuille

Peux-tu nous expliquer ton parcours photographique ? Quand as-tu commencé la photographie ?

J’ai débuté timidement la photographie avec mon premier reflex argentique et ma bobine de pellicule N&B en 2001. À cette époque j’étais étudiant en biologie et ma culture de l’image était très limitée. Il y avait donc peu de chance a priori que je m’oriente vers la photographie, surtout si l’on ajoute que l’école primaire et secondaire française a une grande capacité à rendre les arts-plastiques et musicaux rédhibitoires ! Ma sensibilité artistique s’est néanmoins nourrie de la littérature comme les romans, la philosophie, le théâtre, la poésie et mes longues balades dans la nature. J’ai moi-même beaucoup écrit durant cette période, puis je ne saurais dire exactement pourquoi, j’ai eu de plus en plus de mal avec les mots. Ils sont imparfaits à retranscrire toutes les émotions qui nous étreignent je pense. C’est durant cette période que j’ai découvert le livre Errance de Raymond Depardon. Cet ouvrage est pour moi le pont parfait entre littérature et photographie, la poésie des textes et la beauté des images N&B ! Cette œuvre a pour moi été le déclic. Ce que je n’arrivais plus à dire avec des mots je le dirai avec des images à présent ! Bien entendu cette mutation s’est opérée progressivement dans le temps mais il est évident que moins j’écrivais et plus je photographiais ! De par mon caractère autodidacte j’ai commencé à apprendre les rudiments de la photographie dans tous les livres que je pouvais trouver. Ce n’est qu’une année plus tard que j’ai pu intégrer un club photo afin de me familiariser avec la chambre noire tout en continuant à perfectionner ma technique de prise de vue. Au cours de cette période je suis rapidement devenu formateur au sein de mon club et ai gagné quelques concours. La révolution du numérique et la nécessité de m’investir pleinement dans mon doctorat m’a ensuite contraint à prendre mes distances avec la photographie pendant plusieurs années. Je m’y consacre dorénavant avec toute mon âme.

Qu’est ce qui te plait dans la photo ? Comment décrirais-tu ta démarche artistique ? Ton univers ?

La photographie n’est pas une fin en soi pour moi. À mon sens, c’est un vecteur d’expression et d’émotions au même titre que la peinture, la musique, la danse, la littérature, le cinéma… J’ai des choses à dire, à raconter, à partager. J’ai trouvé la photographie comme le média qui me convenait. Rien ne dit qu’il me conviendra pour toujours ! Ce qui me plaît dans la photographie c’est qu’elle condense les autres arts ! Une photographie c’est un poème lu à voix basse, un cri muet. Une photographie c’est un mouvement figé et éternellement mobile…. J’aime le rapport ambigu perpétuel qui existe dans la photographie avec la notion de réel. La photographie a historiquement été créé pour copier, reproduire le réel, le photocopier en quelque sorte. Encore aujourd’hui on voit les débats sur ce qui est « truqué » ou « vrai », encore plus avec les logiciels de traitement de l’image ! Mais on se rend bien compte que la discussion est vaine. Le réel existe bien mais sa perception est totalement subjective ! Pour s’en convaincre il suffit d’étudier la notion physique même des couleurs et de la lumière. Notre œil n’est sensible qu’à une part infime du spectre lumineux. Ce qu’il perçoit et interprète n’est que relatif. Une fleur n’a pas la même couleur selon qu’on soit abeille ou homme… Parfois j’aime à penser que le N&B a pour ambition de s’exonérer de ces approximations pour aller à l’essentiel de l’image. … Mais malgré cette impossibilité intrinsèque que nous avons à appréhender le réel, nous, pauvres petits humains, persistons dans une tragédie magnifique ! Comme Sisyphe et sa pierre, cette tentative perpétuelle vouée à l’échec est sublime. Bien entendu les artistes cherchent souvent à s’affranchir de la réalité afin d’en créer une autre mais n’oublions pas que l’imaginaire se nourrit de réel !

Pour ma part je me sens artistiquement déchiré entre ces deux mouvements antagonistes. Je me sens à la fois totalement terrien et ancré dans ce monde et à la fois je désire ardemment m’en arracher ! J’ignore si la poésie est là pour nous extraire de ce monde ou au contraire pour nous en rapprocher. Mes photographies témoignent de cette quête. La poésie recherchée de mes images nous éloigne de ce monde pour finalement nous y ramener. C’est l’envol perpétuel d’un oiseau aux ailes brisées. Dans mes photos vous trouverez plus de questions que de réponses.

Parle-nous du projet Urban Women ? Comment est-il né ?  Quel est le message que tu veux faire passer à travers cette série ?

La série Urban Women est une série sur laquelle je travaille depuis plusieurs années. Elle interroge et questionne la place des femmes dans l’environnement urbain. C’est une série qui mélange sociologie, poésie et esthétisme. À la base je souhaitais réaliser une série où je mettrais en relation le corps féminin et l’architecture urbaine. Je me suis vite rendu compte que cet environnement dans lequel évoluaient les femmes était plutôt hostile. J’ai commencé à lire des articles sur l’urbanisme et sur le fait que l’espace public était inégalement partagé entre les hommes et les femmes. En effet les codes culturels patriarcaux font de la rue un lieu dominé par les hommes. S’il est communément admis que les hommes puissent stationner dans la rue, les femmes ne font que la traverser. Elles se meuvent d’un point à l’autre dans un but pratique mais ne se permettent pas de flâner en route. Insultes sexistes, « compliments » inquiétants, sifflets, leurs rappellent que se sont des proies sexuelles potentielles. Le géographe Yves Ribaud n’hésite pas à l’affirmer : « La ville appartient aux hommes » ! Malheureusement les urbanistes participent à creuser cette inégalité. Les nouveaux lieux festifs et de loisirs construits sont le plus souvent dédiées aux hommes (stade de foot, skate-park …) tandis que les aménagements dédiés aux femmes les ramènent à leur condition de mère au foyer (crèches, couloirs à poussette). Paradoxalement alors que les femmes utilisent moins souvent l’automobile que les hommes pour se déplacer, l’aménagement urbain est encore pensé en leur défaveur (absence de toilettes publiques, extinction des éclairages publics). Ma série questionne le rôle de la femme dans cet espace urbain apparemment hostile. Je décris et fantasme l’expérience urbaine de différentes femmes. Les photographies présentées sont faites de nuit et tentent de faire communiquer ces femmes avec cet environnement citadin dont elles ne sont que passantes, témoins ou victimes.

Cela étant dit ma série reste, comme les autres que j’ai pu réalisées, ouverte à différentes interprétations. C’est aussi cela la liberté dans l’art !

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La cage

 

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Minuit passé

 

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Seuls au monde

 

Série Urban Women dans son intégralité disponible sur le site de William Guilmain

Quels sont tes projets en cours ?

J’ai différents projets en cours. Tout d’abord je vais poursuivre mes séries et notamment Urban Women qui s’enrichit aléatoirement en fonction des lieux et des femmes que je découvre. Je travaille actuellement sur d’autres séries sans savoir si elles vont aboutir. Chaque jour une série naît, avorte, croît ou meurt ! J’envisage de continuer à creuser le rapport de l’humain à la nature dans une série qui pourrait s’appeler « Fake nature » ou « fin de civilisation ». Le monde de la forêt m’attire aussi… J’ai commencé à aborder le thème de l’enfance avec ma série « No kids around » mais je pense avoir encore des choses à dire sur le sujet.

Pour tout dire, le plus compliqué pour moi n’est pas d’avoir des idées mais de les hiérarchiser et finalement de les réaliser. Mes séries photographiques s’inspirent de mes expériences et de mes lectures. Ma série « Cosmos » s’est par exemple nourrie du livre éponyme de Michel Onfray.
Cependant mon approche photographique est en profonde mutation et je suis curieux de mon moi futur ! J’envisage aussi de réaliser des petites séquences vidéo pour capter des mouvements anodins et quotidiens. Je serai présent au festival les « Rendez-vous de l’image » de Strasbourg le 22-23-24 Janvier 2016 où j’y présenterai une partie des séries « Urban Women » et « Cosmos » ainsi qu’à la Biennale internationale de l’image de Nancy du 7 au 22 mai où j’y exposerai la série « No kids around ». Quelques publications dans des revues sont d’or et déjà prévues.

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Balançoire. Série No kids around

Que peut-on te souhaiter pour 2016 ?

Je sens que ma façon de photographier est en train de changer et j’espère pouvoir continuer à affirmer mon style et ma personnalité. J’espère pouvoir continuer à m’enrichir de nouvelles rencontres. La photographie est l’acte égoïste le plus sociable qui existe !

Nous vous invitions à découvrir les séries complètes de  No kids around  et  Cosmos  sur son site internet, elles valent également le coup d’œil. Pour suivre l’actualité de William, retrouvez sa page Facebook ici.

Merci William pour le temps que tu nous as accordé et le partage de ton univers. Sachez que vous pouvez le retrouver du 22 au 24 janvier à Strasbourg lors du Rendez-vous Image – Salon photo et livre qui se tiendra au Palais des Congrès et de Musique.

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Forêt

©William Guilmain

Maud

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