Grâce au mécénat de la Fondation Bettencourt Schueller, les Arts décoratifs se digitalisent, passent au numérique, et ce, de plusieurs façons inattendues. Pour les profanes, les musées sont des endroits fixés par le temps, où des œuvres terminent leur vie dans le calme d’une scénographie sans aventure. Le musée serait comme la maison de retraite de l’humanité : il ne faudrait pas y faire de bruit, il faudrait lire religieusement ces petits cartels aussi intéressants qu’une liste d’ingrédients sur une étiquette de ketchup, il faudrait marcher doucement, absolument tout regarder d’un œil sérieux et dans un soupir monacal.

Les Arts Décoratifs démentent cette rumeur incessante et cherchent dans la digitalisation le vivre + du beau dans l’utile.

Les 4 fantastiques digitaux

1/ Numérisation en cours du fond d’œuvres, particulièrement les images de mode. Celles-ci resteront accessibles à toutes, depuis la bibliothèque ou depuis chez vous.

2/ Visitez en 3D les pièces du musée, jusqu’à refaire la décoration en vrai, plus vite et plus classe que Valérie Damidot.

3/ Au passage, en croisement d’aujourd’hui et de tout le temps, rencontrez des artistes contemporains jouant du numérique (selon arrivage).

4/ Et parce qu’on voudra toujours toucher les œuvres pour voir comment ça marche quand on fait ça et si ça s’ouvre comme on dirait, alors des lunettes 3D augmenteront le musée d’objets à toucher, sans rien casser.

Un sens à la digitalisation des Arts décoratifs

Quel sens la digitalisation a pour le musée des Arts Déco ? Est-ce pour rajeunir le public comme ces parents qui offrent une brosse à dents électrique à leurs enfants espérant qu’ils s’en amuseront d’avoir une hygiène dentaire propre ?

Ce qu’il vient de se passer c’est le passage à un nouveau siècle, l’acceptation d’une révolution technologique, la découverte que des mots ancestraux tels que « musée », « bibliothèque », « collections », doivent aujourd’hui prendre un nouveau sens. L’utile et le beau existent aujourd’hui avant tout en tant que virtuel, numérique, digitalisé. Le musée doit entrer dans cette nouvelle dimension !

Les Arts Déco viennent d’entrer dans la Twilight Zone, la zone numérique, digitale, augmentée, la zone du nouveau réel. Et ça a un coût : celui de repenser les institutions, le fond documentaire, les écoles, les différentes adresses. Le musée se retrouve piégé par l’histoire qu’auparavant il enfermait. Même pour un musée design, pop, grand-mère, mémoire et populaire, c’est une nouvelle ère, pleine d’inconnus, mais obligatoire !

Nécessaire dématérialisation des Arts Décoratifs

L’homo interneticus n’existe que dans l’univers multiple et connecté. Il a un besoin viscéral de pouvoir être partout, de pouvoir accéder à tout ; il a soif de potentiels. Et l’information n’est plus que digitale. La mémoire de l’humanité est une reproduction numérique continue.

L’ambition initiale d’un musée, de mettre à disposition de tous les arts de quelques-uns, se réalise aujourd’hui à l’échelle des réseaux sociaux. Alors les Arts Déco se reproduisent, se dupliquent, se dématérialisent. Le musée subit le même sort qu’une chaise Panton recopiée, industrialisée, déclinée, repensée, revendue, réparée pour pouvoir ensuite être conservée.

La digitalisation déverse à la vitesse de la lumière les formes, les couleurs, les savoirs du musée, offerts à tous, pour la reproduction, la copie, le piratage, la revente, la nouvelle vie, les nouvelles aventures. C’est l’anti-momification, pour la nouvelle muséographie.

P.S. : au passage, allez voir l’exposition temporaire sur Barbie (ça fait quand même du bien) et l’expo permanente de bijoux (ça fait toujours du bien aussi).

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Par Bénédicte

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Lucie BARRAGAN
Lucie Barragan, est la Rédactrice en Chef de l'édition française de Be'Art Magazine depuis 2014, et experte reconnue dans les e-RP et la stratégie digitale. Elle vit actuellement à Paris.

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