On est allé voir Tenet, le dernier film de Christopher Nolan au budget pharaonique de 250 millions de dollars. Le réalisateur est connu pour ses films complexes, véritables puzzles que le public doit s’échiner à déchiffrer, comme Memento ou The Prestige. Tenet s’inscrit dans cette lignée et il est difficile d’ignorer le génie scénaristique et visuel déjà reconnu du réalisateur.

Synopsis

C’est avec la seule arme du mot de Tenet que le Protagoniste voyage dans le monde clair-obscur de l’espionnage international. Sa mission se déroulera dans un environnement au-delà du temps.

Extrait du film TENET © 2020 Warner Bros. Entertainment, Inc. All Rights Reserved
Extrait du film TENET © 2020 Warner Bros. Entertainment, Inc. All Rights Reserved

Un James Bond à la Nolan

Un film d’espionnage s’expose tout naturellement à une comparaison avec le monument du genre, la saga des James Bond. L’inspiration est relativement claire dans la première partie alors que le Protagoniste, incarné par John Denzel Washington, cherche à s’introduire auprès d’Andrei Sator et par le biais de son épouse Kat, respectivement joués par Kenneth Branagh et Elizabeth Debicki. Costumes trois pièces, yacht et sports de luxe rappelle donc bien James Bond. Néanmoins, Nolan ne fait pas de Tenet une sorte de James Bond qui n’en porterait pas le nom. L’absence de misogynie joue un rôle crucial dans cette démarcation. Par ailleurs, même si certains comme Skyfall font figures d’exception, Tenet est filmé avec brio et le scénario surpasse en complexité le reste des films d’espionnage, que ce soit les James Bond ou les Mission Impossible.

Et en effet, Nolan nous livre des scènes d’action absolument brillantes, dont plusieurs sont entraperçues dans les différentes bandes-annonces. Une course poursuite en voiture, que l’on ne peut trop mentionner sans craindre de vous spoiler, ainsi que des combats à mains nues sont notables. Ce qui marque c’est que ces scènes amènent du suspens à foisons, rappelant par là Interstellar, The Dark Knight ou encore Dunkirk. S’il y a de la violence, elle n’est jamais gratuite ou montrée uniquement pour choquer. Il n’en reste pas moins que comme dans la trilogie The Dark Knight, on sent le poids de chaque coup.

Toutefois, faire un bon film d’espionnage ne revient pas uniquement à des séquences d’action, il faut aussi avoir des acteurs charismatiques capables de porter le film. À cet égard, les performances de John David Washington, Robert Pattinson qui joue Neil, Debicki, Dimple Kapadia qui incarnent Priya et Branagh sont très convaincantes. Branagh terrifie par sa violence froide et Pattinson et Washington forment un duo amusant et efficace. L’inévitable cameo de Michael Caine signale bien qu’il s’agit d’un Nolan.

Un puzzle assourdissant

Tenet n’est cependant pas un simple film d’espionnage comme on peut en avoir l’habitude. C’est un puzzle. Le scénario est d’une complexité qui peut d’abord effrayer mais qui à mesure qu’il se déroule révèlent des ramifications et s’explique lui-même. C’est une des caractéristiques du cinéma de Nolan que de donner à voir un entremêlement semblant tout d’abord difficile à démêler avant de donner des clés à qui veut les voir. Memento, The Prestige et Dunkirk utilisent les mêmes mécanismes.

La bande-annonce le révèle en effet, il y a une forme de voyage dans le temps dans Tenet, l’inversion. Le voyage dans le temps est déjà une notion complexe à manier dans un film, Primer de Shane Carruth est l’un des films les plus poussés dans le genre et pratiquement incompréhensible au premier visionnage quoique génial. Dans Tenet Nolan explique le principe de l’inversion rapidement et dissémine des sortes de règles tout au long du film. Si les échos permettent de comprendre la première fois, il est certain que le revoir devrait permettre d’apercevoir les liens tissés de façon plus évidente.

Extrait du film TENET © 2020 Warner Bros. Entertainment, Inc. All Rights Reserved
Extrait du film TENET © 2020 Warner Bros. Entertainment, Inc. All Rights Reserved

Il est en effet difficile de se concentrer sur toutes les ramifications scénaristiques au premier visionnage en partie du fait du traitement du son. Nolan conçoit ses films comme des entités visuelles mais aussi sonores, ce qui est clair dans Inception, Dunkirk ou Interstellar. Tenet ne fait pas exception avec une bande-son et un mixage presque assourdissant qui se colle au scénario avec brio. Zimmer ayant été pris par Dune de Villeneuve, Nolan s’est tourné grâce à ses conseils vers Ludwig Goränsson notamment remarqué pour son travail sur Black Panther et Creed. Il produit une musique énergique, jeune, qui dans certaines scènes fait adéquation parfaite avec le scénario.

Le défi du palindromique

Vous l’avez probablement noté, Tenet est un palindrome, soit un mot qui se lit dans les deux sens. C’est presque une annonce du film qui est profondément palindromique par moment, du fait même de la nature de la modification temporelle utilisée, l’inversion. Le film tourne autour de cette notion d’inversion palindromique. Comme c’est le cas dans la bande-annonce, musique et image peuvent s’inverser, rappelant en cela la première scène de Memento aux plus avertis.

Ce ne sera probablement pas la première fois que vous verrez une scène inversée, le film lu à l’envers. Mais ce sera ici infiniment plus complexe. L’inversion, une des caractéristiques peut-être les moins utilisées du médium cinématographique, devient ici un outil scénaristique. Nolan qui nous a habitué à des histoires non-linéaires. Il va encore plus loin qu’il ne l’avait jamais fait. Il ne se contente pas de bouleverser la chronologie, il bouleverse le sens de la pellicule même.

Tous ces éléments contribuent à faire de Tenet une sorte de défi de compréhension pour le spectateur. Bien sûr, saisir les enjeux de l’histoire ainsi que les dynamiques entre les personnages, ou même suivre les scènes d’action, est aisé, on y est habitués. Mais par le nombre de ramifications internes qui le sous-tendent, Tenet reste particulièrement complexe. Néanmoins, Nolan a confiance en son public. C’est une des caractéristiques de son cinéma. Même si ses films contiennent en général de longue scènes d’explications, comme dans Inception, Interstellar, ou dans le film en question, il ne dit pas tout. Beaucoup d’échos et de liens sont à repérer par le spectateur lui-même. Cette confiance permet la complexité car tout n’est pas donné d’office.

En somme, faut-il aller voir Tenet ? Oui ! C’est une expérience cinématographique comme toujours chez Nolan. Il s’agit de penser le temps et la façon dont nous envisageons l’art de raconter les histoires différemment. Il s’agit de laisser notre horizon d’attente s’inverser.

Sortie : 26 août 2020

Durée : 2h30 minutes

Genre : Science-fiction, Espionnage, Action

De : Christopher Nolan

Avec : John David Washington, Robert Pattinson, Elizabeth Debicki, Kenneth Branagh et Dimple Kapadia

Nationalité : États-unien

Jeanne
Historienne de formation, elle est née l’année de Fight Club de David Fincher, Jeanne aime lire, aller au cinéma, ou encore lire au cinéma. Elle contribue à la rubrique cinéma de Be’Art Magazine.

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