Si Mathieu Kassovitz se fait rare derrière la caméra, il est en revanche très présent devant avec un potentiel bien prononcé. C’est le cas dans Sparring, le premier long métrage du prometteur Samuel Jouy qui s’immisce dans l’univers des boxeurs d’une manière très particulière.

Tout deux fans de boxe, les deux protagonistes travaillent et s’investissent pour offrir un drame touchant et héroïque qui surprend par son réalisme spontané. Sans être une œuvre d’envergure, le film parvient à s’exprimer justement sur divers sujets sensibles.

A plus de 40 ans, Steve Landry est un boxeur qui a perdu plus de combats qu’il n’en a gagnés. Avant de raccrocher les gants, il accepte une offre que beaucoup de boxeurs préfèrent refuser : devenir sparring partner d’un grand champion.

Quand la boxe touche en plein cœur

Beaucoup parleront d’un film sur la boxe, d’un Rocky à la française ou encore d’un Raging Bull retravaillé, ces personnes se tromperont lamentablement. En effet, selon Samuel Jouy, il ne s’agit pas d’un film centré sur la boxe, mais principalement sur un boxeur et ses angoisses de la vie de tous les jours.

Le metteur en scène est un fan invétéré de boxe, selon lui, ce n’était pas assez intéressant de parler du sport sans creuser un peu plus : « Ce n’est pas le ring qui m’intéressait le plus, mais ses à-côtés. L’entraînement, l’avant match, l’après match. La solitude du boxeur, son inconscient, ses états d’âme, sa vie de famille, comment il se lève chaque matin et surtout, pourquoi ? ».

Si sa passion pour le sport de combat est une certitude pour construire ce film, ce n’est pourtant pas l’élément déclencheur du jeune réalisateur. Après la naissance de son premier enfant, ce dernier ne quitte pas les salles de sport pour boxer plusieurs heures par jour en se posant cette même question existentielle, « Qu’est-ce que je vais bien pouvoir transmettre en tant que père si ma vie professionnelle est un échec ? »

De cette anxiété est née l’idée de Sparring, ce point de départ concentré sur ce personnage typique et ordinaire, boxeur aux 13 victoires et 33 défaites qui garde la tête haute. Pour Samuel, le boxeur et l’anti-succès n’est pas un mauvais karma, bien au contraire, les tôliers du ring comme le personnage incarné par Mathieu Kassovitz prouve que ces boxeurs de l’ombre sont le souffle de la boxe professionnelle dans le monde entier.  

Entrer dans la vraie vie d’un boxeur amateur

Oubliez les clichés sur la boxe et autres sornettes, avec Sparring, Samuel Jouy remet le sport de combat au goût du jour avec un sujet à la fois courant et original dans sa profondeur. Dès les premières minutes, un Mathieu Kassovitz devant un rideau béant et une foule d’applaudissements donnent le ton.

Derrière le sujet que tout le monde attend, il y a l’histoire d’un boxeur ordinaire et d’un père de famille aimant. C’est sur cette base de scénario que le long métrage fait ses premières marques, un homme dans l’obligation de se battre pour sa famille. Un tournant qui bouscule le spectateur dans un état émotionnel profond.

Dans la perception d’offrir un film crédible et puissant, Samuel Jouy souhaitait faire appel à de nouvelles têtes, de nouveaux talents méconnus du grand public. Olivia Merilahti et Souleymane M’Baye en ressortent avec brio. La première est particulièrement connue pour son travail dans le groupe The Dø qu’elle forme avec Dan Levy depuis 2004. La chanteuse exécute son rôle de mère de famille dans un tourment sobre et probant.

Dans une tout autre discipline d’origine, Souleymane M’Baye, ancien champion du monde de boxe poids super-légers fait aussi ses premiers pas d’acteur. Si le fait d’interpréter un boxeur à l’écran était un jeu d’enfant pour ce dernier, il en était tout autre pour son jeu qu’il travaille avec acharnement. Le résultat n’est pas décevant.

Mathieu Kassovitz quand à lui s’improvise professionnel dans le monde de la boxe, un rôle de brute sensible dont il s’imprègne sans mal. Le comédien/réalisateur est tombé immédiatement sous le charme du script, il voyait plus qu’un vulgaire film centré sur la boxe, Sparring était plus affermi. Ce dernier s’entraine avec détermination durant trois mois, afin de camper un personnage complexe au grand cœur et aux valeurs familiales sans pareil. 

Samuel Jouy délivre un film aux caractères inédits, il filme le sport et les à côtés angoissants de la vie d’un boxeur amateur qui cherche tout sauf la gloire. Le trio Kassovitz/Merilahti/M’Baye fait le travail sur un scénario légèrement brouillon et une cadence à revoir, cependant, nous découvrons un petit film d’anticipation prometteur.

Date de sortie : 31 janvier 2018
Durée : 1h 34min
De : Samuel Jouy
Avec : Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Souleymane M’Baye
Genre : Drame
Nationalité : Français

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Jordan Tissot
Journaliste web culture & médias. Je suis né en 1991, l’année de Terminator 2 : Le Jugement dernier de James Cameron. Enivré de culture et de cinéma. Passé par de nombreux supports culturels, je contribue désormais à la rubrique cinéma de Be’Art depuis 2018.

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