Sujet tendancieux souvent discordieux, le sexe féminin a toujours suscité un intérêt majeur et particulièrement dans l’Art. La femme, dans son ensemble est source d’inspiration. A la fois muses et modèles, nombreuses en sont ces représentations. Néanmoins, parlons peu parlons direct, contrairement à son homologue masculin le pénis,  le sexe féminin est souvent sous représenté voir totalement occulté. Au bord des lèvres, rétrospective sur le sexe féminin dans l’art.   

Femme jusqu’au bout des seins mais…

La femme fascine. Ses courbes voluptueuses inspirent les artistes du monde entier. Déesse ou simple mortelle, femme chic ou femme fatale, vêtue ou dévêtue, ses courbes charment mais son sexe lui reste sujet à débats.

Le sexe féminin est couramment désigné comme une « chose honteuse » qui devait être cachée ; encore de nos jours. Peintres et sculpteurs usent fréquemment d’artifices : vêtements, drapés, ou simple feuille de vigne et coquillage pour occulter la région pubienne ; le poil étant encore plus équivoque, mais nous y reviendrons.

Femme jusqu’au bout des seins, oui, mais sexuellement censurée. Cela a-t-il toujours était le cas ?

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James Mc Cartney Great Wall of Vagina

Rétrospectivement sexe

A la préhistoire : de la vulve à foison

Nos chers ancêtres préhistoriques aimaient déjà l’art. C’est bien connu, ils dessinaient et sculptaient tout type de sujet. Un brin porté sur la chose, certains s’en sont donné à cœur joie en représentant nombreux phallus et vulve. Ici pas de censure, pas de césure et encore moins d’artifice. Le sexe est représenté brut, avec ses courbes et éléments caractéristiques et parfois même ses poils. La femme est mise à nue.

A l’inverse des représentations masculines, les images féminines sont extrêmement nombreuses. Et même si les traits du corps sont parfois sommaires, les atouts féminins sont toujours mis en avant : seins, fessier, vulve.

Art pariétal, statuette, les déclinaisons se comptent à la pelle. De plus, elles sont d’une qualité remarquable. Les artistes avaient pour but le souci du détail ainsi que la véracité du sujet représenté. Avec les grands mammifères, la femme était parmi les thèmes artistiques majeurs de l’art paléolithique.

Dans l’Antiquité : like a virgin !

Selon l’endroit où l’on se trouvait, le sexe féminin n’était pas traité de manière égale face à son homologue masculin : le phallus. 

En Grèce et Rome antique, alors que le pénis, symbole de puissance et de plaisir est souvent véhiculé par des dieux nus exhibitionnistes, la vulve se fait pudique. Les déesses sont moins dévêtues, et quand elles le sont, pubis, lèvres et clitoris sont inexistants, faisant place à un triangle pubien censuré, dépourvu de traits et de réalité. Seuls quelques rares objets censés favoriser la fertilité féminine représentaient ouvertement des vulves.

En Egypte, la vulve timide est considérée comme une source de bonheur et de régénération. Les récits racontent que la déesse Hathor, pour redonner la joie et le sourire au dieu Soleil Rê, se mettait nu devant lui, lui exposant sa vulve ce qui faisait éclater de rire le dieu, offrant ainsi à l’humanité le bien-être salvateur de ses rayons.

En Mésopotamie, en Inde, au Japon, et dans de nombreux autres pays d’Orient, les deux sexes sont complémentaires. L’un ne va pas sans l’autre. La vulve est bienfaitrice, fertile, protectrice, maternelle. Elle est tout aussi indispensable que le phallus dans l’équilibre du monde.

Quant à moi, à ma vulve, à moi, tertre rebondi,
Moi, Jouvencelle, qui me labourera ?
Ma vulve, ce terrain humide que je suis,
Moi, Reine, qui y mettra ses bœufs ?

Déesse Inanna au berger Dumuzi : Le Mariage Sacré, Samuel Noah Kramer, Berg International, 1983.

Au Moyen-Âge : le sexe, ce démon ; le sexe cet instrument divin

La représentation sexuée devient taboue. Les tissus recouvrent les corps et la femme devient viles tentatrices trouvant sa source première dans la bible avec Eve, la toute première femme de la création. Néanmoins avec la vierge Marie la femme devient symbole de procréation. Le sexe féminin, bien qu’occulté et fortement suggéré pour la période, voue un culte au sexe virginal.

La vulve révulse, la vulve fascine. Même si ses représentations se font rares, elles n’en demeurent pas moins présentes dans les mœurs et les esprits. Un monologue du vagin : l’épine de rose, a été découvert en Autriche, un poème du XIVe siècle racontant le dialogue entre une jeune vierge et sa vulve, débattant sur qui des deux donnent le plus de plaisirs aux hommes.

Renaissance : entre libération et pudicité

Le corps se dévoile de nouveau mais timidement. Sous pression de l’Eglise, les corps se dénudent mais pénis et vulves disparaissent sous des artifices stylistiques, bien souvent divers éléments naturels tels que des feuilles de vigne ou encore des coquillages, des cornes d’abondances, des armes et d’autres instruments spécifiques à chaque sexe.

Gentiment suggéré dans les arts graphiques et sculptures, il est un tout autre domaine ou la vulve est reine : la cuisine.
XVIIe siècle ; en Angleterre : pour déclarer leur flamme à l’homme qu’elles aiment, les femmes avaient une approche particulièrement originale bien qu’hygiéniquement douteuse. Cette spécialité n’apparaîtrait certainement pas à la carte de nos restaurant contemporain et pour cause.

Les femmes préparaient un pain surnommé le pain-palourde en raison de sa ressemblance avec le coquillage mais aussi avec le sexe féminin. Jusque-là pas de problème, cela prêtait à sourire ces messieurs, sauf que ! Les femmes pétrissaient apparemment réellement la pâte avec leur sexe jusqu’à en donner un parfait moule de leur anatomie. Si l’homme dégustait ce pain, longue et prospère serait leur relation de couple. Appétissant n’est-ce pas ?

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Pain palourde

Epoque moderne et contemporaine : de l’émancipation à la provocation

La femme fascine l’homme, l’artiste, la personne. Sa vulve l’obsède tel l’antre mystifié du plaisir charnel ultime : les portes du paradis. Ses représentations se font de plus en plus explicitent. Timide à l’époque moderne, juste suggéré, le sexe féminin sort de sous les jupons dans sa période contemporaine, dans la plus grande simplicité, brut et sans fioriture. Le poil marque son retour pour certaine alors que pour d’autre le glabre de la vulve reste de mise. Il faut savoir que la norme mise en place durant l’antiquité d’être sexuellement dépourvue de poil était convenable. Jusqu’au XIXe siècle le poil sera élément catégorisant les femmes faciles et filles de joies.

Certaines œuvres font scandales comme La Vénus d’Urbino de Titien puisque cette femme représentée n’a de Vénus que le nom. Bien que son sexe soit timidement caché par sa main placé devant, ce tableau reprend le thème de La Vénus endormie de Gorgione, mais cette fois allongée dans sa chambre avec deux servantes à sa portée. Ce n’est plus l’allégorie de la déesse de l’amour mais bel et bien la femme dans son plus simple appareil allongée dans ses appartements.

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Titien, la Vénus d’Urbino, 1538, huile sur toile, H.119cm; L.165cm

Un autre tableau plus contemporain est devenu le plus célèbre tableau de sexe féminin représenté. Il est conservé au musée d’Orsay  à Paris : l’Origine du monde de Gustave Courbet. Cette fois-ci nul doute sur le sujet représenté. Ôde à la femme ou provocation ? Les deux peut-être ! Il y a beaucoup à dire sur ce tableau. Entre le choix du modèle, la position, la pilosité, chacun y va de son argument. 

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Gustave Courbet (1819-1877), L’origine du monde, 1866, Huile sur toile, H. 46 ; L. 55 cm

Le point de vue de chaque sexe sur la vulve et le Vagin

Rares étaient jusqu’au début du XXe siècle les femmes artistes. Ainsi chaque représentation de femme était le point de vue vu par ces messieurs qui bien souvent ne vouaient qu’une fascination sexuelle pour « l’objet » de leurs désirs.

Les femmes artistes s’attaquant au sujet, féministe corps et âmes, tentent d’imposer leur vision du corps féminin et de son sexe. La vulve et le vagin sont alors glorifiés. Niki de Saint Phalle réalise une œuvre gigantesque en 1966 ‘Hon’ (Elle), avec son mari Jean Tinguely. Le visiteur est invité à pénétrer par la vulve d’une femme de 28 mètres allongée et enceinte. Un retour à la source de la vie.

Le sexe féminin : tabou à jamais éternel

Le sexe féminin nous l’avons vu, trouble, divise les opinons, choc et surtout fascine. Qu’il soit vu par les hommes comme simple objet de désir, ou glorifié par les femmes comme symbole de vie et de puissance, il suscite toujours des réactions. Il n’existe pas un modèle de sexe féminin mais plusieurs, chacun étant unique et avec ses propres caractéristiques. L’art à travers les âges a tenté de normaliser et codifier ses représentations. Aujourd’hui bien que l’image du sexe féminin soit de plus en plus courant dans l’art et implicitement dans la vie quotidienne via les publicités, vulves clitoris et vagin restent toujours des sujets tabous.

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FONTAINE, DE ELSA SAHAL VAN, 2020

Roო’In
Plus qu’une passion : un style de vie. Historien de l’art et archéologue de formation, Roო’In a souhaité faire partager son amour pour la culture associé à celui pour la cuisine afin de les rendre accessible à tous. Bien manger, apprendre et découvrir sont ses maîtres mots.

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