Les « Mille et un passages » de la photographe Sally Mann au Jeu de Paume

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En cette période de rentrée, l’exposition « Mille et un passages » de Sally Mann au Jeu de Paume, qui prend fin le 22 septembre prochain, offre une vision nouvelle et inédite sur la photographie expérimentale. 
Conçue par Sarah Greenough et Sarah Kennel, cette première grande rétrospective de la photographe est organisée en cinq parties, mettant en lumière la diversité des thèmes abordés par Mann en quatre décennies de carrière.

Sally Mann

Née dans le sud des États-Unis à Lexington au début des années 50, Sally Mann accorde une importance toute particulière à cette terre porteuse de l’histoire de la ségrégation, de la guerre de Sécession et plus généralement porteuse de mémoire. Ainsi, le vers du poète écossais John Glenday «L’âme opère mille allers et retours, le cœur, un seul», faisant écho à cet attachement au Sud profond de Sally Mann, a donné son nom à l’exposition.
Ses paysages flous, rayés et tachés pour lesquels elle privilégie des techniques anciennes et des tirages en noir et blanc évoquent un monde mélancolique et à la fois féerique.

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Entre violence et sensualité, douceur et fragilité

Le lieu occupe dans la plupart des séries de la photographe, une place centrale. Ces paysages portent toujours un message comme les églises rurales de la deuxième moitié du XIXe qu’elle photographie à partir de 2008. Ces églises qui étaient un pilier pour les esclaves afro-américains sont photographiées avec du papier photo périmé donnant ainsi une grande place à l’aléatoire dans le rendu des couleurs et des lumières. Dans cette manière vernaculaire de documenter le passé on rapprocherait le travail de Sally Mann de celui du photographe Walker Evans

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Églises rurales, tirées de la série « Abide with me », 2008-2016, épreuves gélatino-argentiques, collection de Sally Mann.

Le lieu devient par ailleurs porteur de cicatrices comme le corps dans le travail de Mann. La série intitulée « Battlefields » immortalise les champs de bataille d’Antietam, Cold Harbor, Fredericksburg, Manassas et de la Wilderness en employant une technique du XIXe siècle. Mann laisse alors visible dans ses tirages rayures et craquelages pour mettre en avant la dimension métaphorique des cicatrices des lieux.  

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Battlefields, Antietam (Starry Night), 2001, Sally Mann, épreuve gélatino-argentique. Collection d’Alan Kirshner et Deborah Mihaloff. © Sally Mann, par le site du Jeu de Paume.

De la même manière elle va s’intéresser aux corps de sa famille. L’exposition s’ouvre en effet sur des photographies aux couleurs exubérantes comme dans Bloody Nose de 1991 tiré de la série « Immediate Family » où le corps est exposé dans sa nudité et dans la naïveté de l’enfance. La boucle se ferme avec des dernières photographies se partageant entre prises de vues du corps malade du mari de Sally Mann et portraits en gros plan de ses enfants en noir et blanc. Les visages et les corps deviennent à leur tour porteurs des traces du passé, porteurs de mémoire. 

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Bloody Nose, 1991, Sally Mann, épreuve argentique. Collection privée. © Sally Mann, par le site du Jeu de Paume.

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