Plus que quelques jours pour visiter l’exposition After photography — Part 1, à la galerie Alain Gutharc, dont le premier volet fermera ses portes le 21 mai prochain. L’objectif de cette exposition en trois volets est de réunir 30 artistes et de s’interroger sur la photographie.

La photographie parce qu’on est humain

Mieux que le rire ou la station debout, la photographie distingue l’homme de l’animal. Nous sommes humains parce qu’on s’accroche à des photos, parce qu’on tue pour des images, parce qu’on brûle des couleurs. On est humain par ce qu’on parle de valeur sentimentale en face d’un polymère à coloration chimique devenant progressivement marron. On est humain parce qu’on pleurait sur nos photos plus que sur nos notes de cours, lorsque notre disque dur s’auto-détruisait sans espoir. On est humain parce qu’on est prêt à attaquer dans le plus définitif des procès le Geek-Paparazzi dénicheur sur iCloud ou Google Cloud de nos photos de nus et autres sextapes. On est humain parce qu’on est attaché aux images et particulièrement les nôtres, celles que l’on appelle « notre vie ».

Les artistes de After photography

Janis Avotins, Dieter Hacker, Nøne Futbol Club, Estefania Penafiel Loaiza, Abigail Reynolds, Sebastian Riemer, Ariane Schick, Joachim Schmid, Sarah Schoenfeld, Sam Smith.

La répétition interrogée

Je me suis retrouvée prise au piège en piétinant Aplanir une montagne (1977, et revue en 2016) de Dieter Hacker. Parcourant chaque photo volant sous mes pieds, j’en ai trouvé comme déjà dans mon album de famille. J’avais la même, avec les mêmes tronches contentes et mal habillées, avec les mêmes poses, les mêmes papiers peints, les mêmes déco sans doute sorties des mêmes magazines. Ma vie, si unique, si individuelle, si moi, était là, parmi ces feuilles d’arbre chimiques que personne ne ramassait, parmi ces autres vies laissées tombées parterre, parmi ces souvenirs d’autrui mais tellement comme les miens.

Deleuze nous explique comment nous créons progressivement un JE par la répétition des gestes, des pensées, des images, et par la différentiation de chacune vis-à-vis des autres répétitions, qu’elles soient celles d’autrui (je suis une autre), qu’elles soient les miennes passées (j’évolue, je grandis), ou qu’elles soient les miennes immédiates (je suis libre de choisir ce je veux être). Nos images imprimées sont comme des arthroses de notre vie, freinant nos mouvements, nous contraignant à être nous, à rester identique, reconnaissable, individuelle. After photography dispose et compose la photo, comme donnant un sens singulier à notre vie, comme prenant sens par notre existence, comme distinguant l’espèce humaine.

La question de l’image

Chez moi, after la photographie c’est la TV qu’on ne se regardera plus de la même façon. J’y verrai une toolbox par laquelle beaucoup d’humains cherchent à exister. Bien que ce soit toujours les présentateurs les vainqueurs des télé-crochets et les télé-réalités, les humanoïdes sont de plus en plus nombreux à être prêts aux pires bassesses pour passer à l’écran. La génération Z n’existe plus sans répétition industrielle et mécanique de son image. La reproduction digitalisée de son apparence rassure d’exister.

After photography place le visiteur en face de l’image de l’humanité.

 

After photography — Part I

Curator Pascale Krief

jusqu’au 21 mai 2016

Galerie Alain Gutharc

7, rue Saint-Claude

75003 Paris

 Par Bénédicte

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here